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09/06/2011 - Délégués syndicaux

Restructuration de Safran et Thales : comment se faire entendre

L'Etat actionnaire veut voir les entreprises Safran et Thales se rapprocher. Les délégués syndicaux craignent de fortes conséquences pour l'emploi. Hier, ils ont manifesté avec plusieurs centaines de salariés aux Invalides, à Paris, près du ministère de la Défense. Et les CCE ont lancé un droit d'alerte.

Les représentants des salariés des sociétés Safran et Thales (*) ont l'impression, depuis quelques semaines, d'assister de façon impuissante à un projet de recomposition industrielle impulsé par l'Etat. Les deux groupes ne parvenant pas à trouver rapidement un accord, l'Etat vient d'ailleurs de nommer un médiateur (Aldo Cardoso, ancien d'Arthur Andersen) dans ce dossier.

Un dossier politique

Aux yeux de Jean-Paul Lanel, délégué syndical central CFDT de Safran, comme à ceux de Carlos Ramos, coordinateur UNSA de Safran, c'est le président de la République, Nicolas Sarkozy, qui pousse une opération soutenue par Dassault, actionnaire de Thales : le chef de l'Etat souhaiterait pouvoir annoncer, pourquoi pas au salon du Bourget fin juin, la création d'un pôle d'envergure mondiale.

Des transferts d'activitén

En clair, il pourrait s'agir pour l'Etat de favoriser des échanges d'activités entre Safran et Thales afin d'éviter des situations de concurrence entre les deux sociétés. Dans ce mécano industriel et financier, indiquent Les Echos, Safran apporterait à Thales son optronique, ses drones, des systèmes de pilotage de missile (ces activités générant 650 millions de revenus). En contrepartie, Thales céderait à Safran de la navigation, de l'intégration de commendes de vol et de la biométrie (200 à 300 millions de revenus). 
Pour Serge Canon, de FO, il s'agit là plus d'une construction financière (déséquilibrée, en plus) que d'une véritable stratégie industrielle tenant compte de la réalité des métiers. "Le souci, c'est qu'on parle beaucoup de stratégie financière mais qu'on n'évoque jamais les conséquences sur l'emploi", déplore Jean-Paul Lanel. 

Une dizaine de sites touchés

Selon Daniel Retat, le coordinateur CFDT de Safran, les effectifs de 9 sites de Safran (ceux de la Sagem) seraient impactés par ce projet (Eragny, Argenteuil, Massy, Le Ponant à Paris, Fougères, Poitiers, Montluçon, Dijon, Saint-Pierre-au-Peray) tandis qu'au moins 5 sites de Thales seraient touchés (Chatellerault, Valence, Chatou, Meru, Elancourt).
"Au total, ces transferts d'activité concerneraient 2 400 salariés chez Safran et 1 400 chez Thales",  calcule Jean-Paul Lanel. L'inquiétude est d'autant plus forte chez les salariés que Thales a la réputation, du point de vue des salariés de Safran, "de faire fabriquer ailleurs" ses équipements.

Peser publiquement pour faire évoluer le projet

De quels leviers disposent les représentants du personnel pour changer la donne ? La mobilisation des salariés, tout d'abord. A l'appel de l'intersyndicale (CGT, CFDT, FO, CGC, UNSA, CFTC), plusieurs centaines de salariés ont manifesté hier aux Invalides à Paris. Ils ont d'ailleurs remis une pétition signée par 2 500 salariés au ministère de la Défense et demandé "avec insistance" à être prochainement reçu par Alain Juppé. .
Dans le même temps, les délégués syndicaux cherchent à alerter la presse, sans grand succès jusqu'à présent. Ils envisagent aussi, s'ils ne sont pas entendus, de manifester lors du salon du Bourget, fin juin, comme l'a suggéré hier un délégué CGC. 

Ralentir le projet par le droit d'alerte

De leur côté, les élus cherchent surtout à ralentir le projet. Un droit d'alerte a été voté le 6 juin au CCE de Thales Avionics et la même démarche a été faite chez Sagem (Safran).
"Nous n'avons jusqu'à présent aucune autre information que les éléments parus dans la presse, où nos dirigeants se sont exprimés", expliquent les délégués syndicaux. 

Délit d'entrave ?

L'intersyndicale étudie aussi l'opportunité de lancer un délit d'entrave. "Il ne faut pas hésiter, pousse Carlos Ramos de l'UNSA. Car cela permettrait de faire durer les choses jusqu'à la présidentielle : après, les cartes seront rebattues".
Il existe aussi un autre levier d'action, explique le coodinateur CGC de Safran, Gérard Mardiné : "Chez Safran, 16% des actions sont détenues par les salariés. Nous avons donc notre mot à dire. Nous allons donc poser des questions à la direction au nom des actionnaires salariés sur la viabilité de ce projet et sur l'intrusion de l'Etat dans cette opération".


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